DOSSIER LONGÉVITÉ

Six pièces · du 11 octobre au 18 novembre

Le Dossier Longévité

Ce que la science sait vraiment du vieillissement de la peau. Six vidéos d'Anne-Marie Gabelica, un article pour chacune, des annexes pour aller plus loin, et toutes les sources.

  1. Pièce 1Pourquoi tout le monde parle de longévité
  2. AnnexeVos habitudes et votre peau : 5 questions
  3. Pièce 2Ce qui fait vieillir une peau

Les vidéos du dossier

Six pièces, une par semaine

Pièce 3
dim. 25 octobre
À venir
Pièce 4
dim. 1er novembre
À venir
Pièce 5
mer. 4 novembre
À venir
Pièce 6
mer. 18 novembre
À venir

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Pièce n° 1 sur 6·dim. 11 octobre

Pourquoi tout le monde parle de longévité

En cinquante ans, les Françaises ont gagné neuf ans d'espérance de vie. La recherche ne se demande plus seulement combien de temps on vit, mais comment vivre ces années en pleine forme. Et la peau, elle aussi, a sa propre longévité.

L'article · par Anne-Marie Gabelica

Pourquoi tout le monde parle de longévité

J'ai étudié la biologie du vieillissement. Et le mot longévité, aujourd'hui, on l'emploie souvent de travers.

Il est devenu un marché : compléments, perfusions, protocoles extrêmes. On y trouve du sérieux, et beaucoup d'inexactitudes. Or la longévité n'est pas une tendance : c'est un champ de recherche à part entière, avec ses chiffres, ses publications et ses débats.

Dans l'article

  1. Qu'est-ce que la longévité ?
  2. Anti-âge ou longévité : quelle différence ?
  3. Pourquoi le vieillissement est-il devenu un sujet de recherche ?
  4. Qu'est-ce que la longévité de la peau ?
  5. Pourquoi la peau montre-t-elle l'âge en premier ?
  6. Que dit votre visage de votre façon de vieillir ?
  7. La résilience cutanée, une idée qui ne date pas d'hier
Portrait d'une femme aux cheveux gris dans une lumière douce
Fig. 1 · Une peau qui dure

La planche

Fig. 1 · Une peau qui dure

Une coupe de peau vue en relief, de la surface jusqu'au tissu graisseux. Les quatre repères montrent les quatre fonctions qui font qu'une peau dure : ce sont elles que la recherche sur la longévité cherche à préserver.

  1. ①
    Elle se renouvelle. À la surface, les cellules les plus anciennes se détachent pendant que de nouvelles montent des couches profondes de l'épiderme. Ce renouvellement continu garde une surface nette et lumineuse. Il ralentit avec l'âge.
  2. ②
    Elle retient son eau. Juste sous la surface, la barrière cutanée (des cellules aplaties liées par un ciment de lipides) limite l'évaporation. Intacte, elle garde l'eau dans la peau, qui reste confortable et souple.
  3. ③
    Elle se défend. Soleil, pollution, écarts de température : au-dessus de la surface, les agressions extérieures se heurtent à la barrière. C'est la première ligne de défense de la peau.
  4. ④
    Elle se répare. Plus bas, le derme et ses fibres de collagène et d'élastine (les ondulations bleues) soutiennent la peau et reconstruisent ce qui a été abîmé. C'est lui qui donne fermeté et ressort.

À retenir. Ces quatre fonctions travaillent ensemble. Une peau résiliente est une peau qui retrouve son équilibre après avoir été bousculée.

Vrai ou faux : les réponses

Affirmation n° 1 Faux

Anti-âge et longévité, c'est la même chose.

L'anti-âge cherche à effacer ou à masquer un signe : une ride, une tache, un relâchement. La longévité pose une autre question : comment la peau continue de fonctionner, longtemps. Se réparer, se renouveler, retenir son eau, se défendre. On ne juge plus une peau à ce qu'elle cache, mais à ce qu'elle sait encore faire.

Affirmation n° 2 Faux

Paraître plus jeune que son âge, ce n'est qu'une question d'apparence.

En 2009, des chercheurs danois ont fait estimer l'âge de 1 826 jumeaux de 70 ans et plus, sur simple photo, puis les ont suivis pendant sept ans¹. Plus l'écart d'âge perçu entre deux jumeaux était grand, plus celui qui paraissait le plus jeune avait de chances de vivre plus longtemps que l'autre. L'âge perçu était aussi lié à la forme physique et cognitive. Le visage, et donc la peau, dit quelque chose de la façon dont on vieillit.

Sources

¹ Christensen K. et al., « Perceived age as clinically useful biomarker of ageing: cohort study », BMJ, 2009.

Annexe · Le quiz du dossier·mer. 14 octobre

Vos habitudes et votre peau : 5 questions

Sommeil, soleil, soirées, sucre, stress : cinq habitudes dont la recherche a mesuré l'effet sur la peau. Question par question, ce que disent les études.

Les explications d'Anne-Marie

Il n'y a ni bonne réponse, ni note à la fin : chaque question renvoie à ce que la recherche a mesuré.

Question 1 sur 5 · Le sommeil

Combien d'heures dormez-vous, la plupart des nuits ?

  1. AMoins de 6 heures
  2. BEntre 6 et 7 heures
  3. C7 heures ou plus

La nuit n'est pas un temps mort pour la peau : c'est le moment où elle répare le plus activement ce que la journée lui a fait subir. En 2015, une équipe de Cleveland a comparé 60 femmes de 30 à 49 ans, les unes dormant 7 à 9 heures, les autres 5 heures ou moins². Chez les petites dormeuses : davantage de signes de vieillissement cutané, une peau qui perd plus d'eau, et une barrière qui se répare moins bien. Trois jours après avoir été fragilisée, elle avait récupéré 30% de moins. Une nuit courte ne marque pas une peau. Des nuits courtes, répétées pendant des années, finissent par se voir.

Question 2 sur 5 · Le soleil

L'été, au soleil, vous êtes plutôt…

  1. AÀ l'ombre aux heures chaudes
  2. BDehors dès qu'il fait beau, sans regarder l'heure
  3. CEn quête de bronzage

C'est le facteur extérieur le mieux documenté. Selon une étude publiée en 2013, les UV seraient responsables de près de 80% des signes visibles du vieillissement du visage³. Les UVA traversent la surface de la peau et atteignent le derme, où ils dégradent peu à peu le collagène. Il n'est pas question de se priver de soleil, qui fait aussi du bien. C'est une affaire d'heures (les plus douces), de durée et d'ombre.

Question 3 sur 5 · Le nettoyage du soir

Le soir, vous nettoyez votre peau…

  1. ATous les soirs, maquillée ou non
  2. BSeulement quand je me suis maquillée
  3. CRarement : je me couche souvent sans

Même sans maquillage, la peau accumule dans la journée du sébum, des résidus et des particules fines. Ces particules transportent des composés qui entretiennent le stress oxydatif. Chez 400 femmes de 70 à 80 ans suivies en Allemagne, les plus exposées aux particules du trafic avaient 20% de taches pigmentaires en plus sur le front et les joues⁴. Nettoyer sa peau le soir, en douceur, c'est la laisser aborder la nuit sans ce poids.

Question 4 sur 5 · Le sucre

Le sucré (desserts, boissons, grignotage), chez vous, c'est…

  1. ATous les jours
  2. BQuelques fois par semaine
  3. CRarement

Le sucre en excès peut se fixer sur les fibres de collagène et d'élastine : c'est la glycation⁵. Les fibres ainsi « caramélisées » se rigidifient, et la peau perd de sa souplesse. Comme ces fibres sont faites pour durer, ce qui s'y fixe s'y accumule, année après année. Il ne s'agit pas de bannir le sucre : c'est l'excès, répété sur la durée, qui compte.

Question 5 sur 5 · Le stress

Ces derniers mois, votre niveau de stress est…

  1. APlutôt bas
  2. BVariable, avec des pics
  3. CÉlevé, la plupart du temps

En 2001, des chercheurs ont mesuré la barrière cutanée d'étudiants à deux moments : pendant les examens, puis après les vacances⁶. En période d'examens, leur peau se réparait plus lentement. Le stress fait monter le cortisol, et le stress chronique entretient dans la peau une inflammation discrète. Un pic de stress passe. Le stress qui dure laisse la peau en alerte.

Sources

² Oyetakin-White P. et al., « Does poor sleep quality affect skin ageing? », Clinical and Experimental Dermatology, 2015.

³ Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, 2013 (auteurs non affichés, arbitrage A7 des scripts).

⁴ Vierkötter A. et al., « Airborne particle exposure and extrinsic skin aging », Journal of Investigative Dermatology, 2010.

⁵ Danby F. W., « Nutrition and aging skin: sugar and glycation », Clinics in Dermatology, 2010.

⁶ Garg A. et al., « Psychological stress perturbs epidermal permeability barrier homeostasis », Archives of Dermatology, 2001.

Pièce n° 2 sur 6·dim. 18 octobreNouveau

Ce qui fait vieillir une peau

Votre peau ne vieillit pas pour une raison, mais pour plusieurs. Et ces raisons ont une particularité : elles s'entretiennent les unes les autres.

L'article · par Anne-Marie Gabelica

Ce qui fait vieillir une peau

En biochimie, on n'étudie jamais une ride. On étudie ce qui l'a causée.

Une ride, une tache, un relâchement ne sont que la partie visible d'un long travail souterrain. Il commence dans nos cellules, des années avant le premier signe, et il ne relève pas d'une seule cause.

Dans l'article

  1. Pourquoi la peau vieillit-elle ?
  2. Quels sont les mécanismes du vieillissement identifiés par la science ?
  3. Que change le vieillissement dans la peau ?
  4. Qu'est-ce que le stress oxydatif ?
  5. Qu'est-ce que l'inflammaging, l'inflammation à bas bruit ?
  6. Pourquoi parle-t-on d'un cercle vicieux ?
  7. Qu'est-ce qui fait tourner ce cercle plus vite ?
  8. Pourquoi la peau change-t-elle plus vite à la ménopause ?
  9. On ne répond pas à un signe, mais à ce qui le cause
Double hélice d'ADN en particules lumineuses vertes sur fond sombre
Fig. 2 · La même peau, à 25 ans et à 65 ans

La planche

Fig. 2 · La même peau, à 25 ans et à 65 ans

Deux coupes de la même peau, dessinées comme dans un atlas de dermatologie : à gauche à 25 ans, à droite à 65 ans. Les repères, sur la peau âgée, montrent ce que les mécanismes du vieillissement laissent dans les tissus.

  1. ①
    La barrière se fissure. La couche cornée, en surface, perd de sa cohésion. La barrière retient moins bien l'eau : la peau tiraille et s'assèche plus vite.
  2. ②
    L'épiderme s'amincit. Il compte moins de couches de cellules, et sa jonction avec le derme, ondulée chez une peau jeune, s'aplatit. Les échanges entre les deux étages se font moins bien.
  3. ③
    Le collagène se fragmente. Les faisceaux de collagène, serrés et réguliers à 25 ans, se découpent et s'éclaircissent. Le derme perd en densité, et la peau en fermeté.
  4. ④
    Les fibroblastes ralentissent. Ces cellules fabriquent le collagène. Avec l'âge, elles sont moins nombreuses et moins actives : ce qui se perd est de moins en moins remplacé.
  5. ⑤
    L'inflammation s'installe. Des cellules immunitaires se regroupent autour des vaisseaux. C'est l'inflammation à bas bruit : chronique, discrète, sans aucun signe visible.

Le cercle vicieux · Étape par étape

Les repères ① à ⑤ renvoient à la planche.

  1. 1
    Le stress oxydatif s'installe. Des molécules instables, les radicaux libres, abîment les cellules et les fibres du derme. Le soleil, la pollution et des mitochondries qui s'essoufflent en produisent davantage.
  2. 2
    Il entretient l'inflammation ⑤. Les cellules abîmées envoient des signaux d'alerte. La peau s'installe dans une inflammation à bas bruit, sans rougeur, mais permanente.
  3. 3
    L'inflammation abîme le collagène ③ ④. Elle active des enzymes qui découpent les fibres de collagène, et freine les fibroblastes qui le fabriquent. Le derme perd en densité.
  4. 4
    La peau se défend moins bien ① ②. Moins dense, avec une barrière fissurée, elle laisse davantage prise aux agressions, et donc au stress oxydatif.

Et la boucle recommence. Deux choses la font tourner : le temps, et ce que vous vivez.

Vrai ou faux : les réponses

Affirmation n° 3 Faux

Le vieillissement de la peau commence après 40 ans.

Les mécanismes s'installent bien avant les premiers signes visibles. Le collagène du derme diminue déjà d'environ 1% par an à l'âge adulte³. Ce qui change à 40 ou 50 ans, c'est le moment où l'accumulation devient visible, pas le moment où elle commence.

Affirmation n° 4 Faux

Une inflammation, ça se voit toujours.

L'inflammation qu'on connaît (rougeur, chaleur, gonflement) est aiguë et passagère. Avec l'âge s'installe une autre forme : chronique, discrète, sans aucun signe visible. Les chercheurs l'appellent inflammaging⁵. Elle use pourtant le collagène, année après année.

Sources

³ Shuster S. et al., British Journal of Dermatology, 1975.

⁵ Franceschi C. et al., Annals of the New York Academy of Sciences, 2000.

À suivre · mercredi 21 octobre

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« Résilience cutanée : c'était la première ligne de mon cahier des charges, en 2010. »

Anne-Marie Gabelica

Ingénieure biochimiste, fondatrice

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