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Sodium cocoyl isethionate, la solution pour un shampoing bio ?

Par le 27 avril 2020

Modifié le 07 août 2020

Vous en êtes persuadé.e : passer au shampoing bio était le meilleur choix. Pour votre chevelure, votre santé et l’environnement. Solide ou liquide, vous vous êtes assuré.e qu’il ne contenait pas de désastreuses silicones, aucun parfum synthétique ou d’agressifs tensioactifs sulfatés. C’est un bon début ! Seulement ? Hélas oui : étudiez de nouveau son étiquette. Il y a de grandes chances que vous y lisiez Sodium cocoyl isethionate ou Sodium coco isethionate : le SCI est un tensioactif hyper courant dans les shampoings bio. Mais qui, hélas, ne veut pas que du bien à la planète…

 

Un tensioactif, mais pour quoi faire ? 

 

Le sodium cocoyl isethionate (SCI) est un tensioactif : un composant indispensable à votre shampoing. Pourquoi ? Déjà parce que les shampoings, comme tous les cosmétiques, sont composés d’une phase aqueuse et d’une phase grasse. Et avez-vous déjà tenté de verser de l’huile dans un verre d’eau ? L’huile reste toujours au-dessus de l’eau, avec une séparation bien nette : elles ne se mélangent pas. Un peu gênant pour fabriquer un shampoing stable et efficace… C’est là que les tensioactifs interviennent, grâce à une précieuse particularité : leurs molécules se composent de deux parties, l’une en affinité avec le gras et l’autre avec l’eau. Hop, ils se glissent entre huile et eau pour les lier en un mélange homogène. Crèmes, gels douches et, bien sûr, shampoings : tous vos cosmétiques en contiennent.

 

Cette particularité les rend aussi très efficaces pour nettoyer peau et cheveux : ils sont capables d’accrocher les salissures et le gras des excès de sébum, les dissoudre puis les évacuer dans l’eau de rinçage. Avec en plus, parfois, une action inhibitrice sur les bactéries ou encore un pouvoir moussant (seulement pour le plaisir : la mousse ne lave pas !). Pour certains, ajoutez à cette action détergente des propriétés conditionnantes pour une fibre capillaire gainées et facile à démêler. Bref, c’est avant tout le tensioactif qui fait le shampoing ! Il en existe plusieurs familles : les cationiques sont désinfectants et gainants mais très irritants pour la peau. Les amphotères sont mieux tolérés par la peau, mais ces deux catégories sont peu détergentes. Les non-ioniques sont moins agressifs mais très chers et beaucoup sont des perturbateurs endocriniens suspectés. Restent les tensioactifs anioniques, les moins chers, les plus détergents et moussants et les plus faciles à rincer : un avantage non négligeable pour les chevelures longues ou épaisses ! A priori, donc, les plus indiqués pour un shampoing efficace. Parmi eux, le sodium cocoyl isethionate (SCI).

 

Shampoing bio au sodium cocoyl isethionate (SCI) : le secret d’une magnifique chevelure écolo ? 

 

Sur le papier, le sodium cocoyl isethionate (SCI) est plutôt convaincant. Ce tensioactif en poudre bon marché est un très bon détergent qui rend le cheveux soyeux et donne une agréable mousse crémeuse. On fait généralement appel à lui pour faire mousser les cosmétiques solides : son image écolo vient beaucoup de là, d’ailleurs, par association au zéro déchet. Côté santé, pas d’inquiétude. Il n’est ni perturbateur endocrinien ni cancérigène. Contrairement à bon nombre d’ingrédients classiques des shampoings conventionnels : silicones, PEG, conservateurs, huiles minérales, tensioactifs pétrochimiques, additifs synthétiques irritants et polluants (fragrance, DEA, BHT, BHA, phénoxynol…) qui sont autant de bonnes raisons de passer au shampoing bio. Pour l’ingrédient SCI spécifiquement, tous les voyants sont au vert. 

 

Et ça n’est pas tout : il est issu de l’huile de Coco, ressource naturelle renouvelable. Certes, l’industrie de la Coco n’est pas toute rose, mais bien moins pire que la catastrophique huile de palme qui est à la base de très nombreux tensioactifs. Sans parler du SLS ou le SLES, tensioactifs sulfatés hyper courants… et hyper synthétiques, polluants et agressifs. 

 

Alors, tensiosactif rêvé, ce sodium cocoyl isethionate (SCI) ? Pas si vite… Vous avez peut-être déjà expérimenté ses effets : ça démange, voire pire, les pellicules pleuvent, vos racines regraissent de plus en plus vite ? Votre cuir chevelu essaie de vous avertir : bien que considéré plus doux que ses cousins SLS ou Sodium Coco Sulfate, le SCI peut provoquer des dermatites de contact, surtout dans les shampoings solides où sa concentration est maximale. Eh oui, mieux que désastreux, ça reste pas terrible terrible… En contrepartie logique de sa puissante détergence, il peut être desséchant et irritant, surtout pour les peaux sensibles. Aïe. Une astuce : un peu de vinaigre de cidre dans votre eau tiède de rinçage peut atténuer ses effets indésirables.

 

Pas si environnement-friendly, votre shampoing bio…

 

Mais ça n’est pas le plus dérangeant dans le bilan du SCI. 

 

Le considérer comme LE tensioactif naturel idéal pour les shampoings bio est un sacré raccourci… Car, non, le sodium cocoyl isethionate (SCI) n’est pas seulement de l’huile de Coco : dérivé estérifié de ses acides gras, il n’est pas que d’origine végétale. Rien à voir avec une huile végétale ! Le gros gros problème, c’est son mode de production : l’éthoxylation. Une réaction chimique qui augmente sa solubilité dans l’eau et fait intervenir de l’acide chorhydrique et du sodium isethionate. Sodium isethionate qui est lui-même obtenu via une autre réaction chimique à base de sodium bisulfite et d’oxyde d’éthylène. Et voilà le nœud du problème : l’oxyde d’éthylène. 

Dangereux, hyper inflammable (mais vraiment, hein : son mélange avec l’air peut être explosif !), cancérigène prouvé, génotoxique en cas d’exposition chronique et polluant. Autrement dit, dangereux pour ceux qui l’utilisent et pour l’environnement. Les risques ? De l’irritation des yeux et de la peau (il est capable de passer la barrière des vêtements et des chaussures) aux anomalies génétiques, en passant par les cancers du sein, l’irritation des voies respiratoires, des effets sur le système nerveux central, la mémoire, la coordination main – œil… Vous êtes a priori à l’abri : il n’en reste normalement aucune trace dans le produit fini. Mais on ne peut en dire autant des personnes qui le produisent. Et la biodégradabilité des composés éthoxylés laisse à désirer… 

 

On arrête là ? Eh non : son procédé exige en plus des températures de 150° sous des pressions extrêmes. Un procédé hyper énergivore, loin de la chimie verte prônée par les cosmétiques bio ! Donc non, votre shampoing bio n’est pas forcément respectueux de l’environnement et de la santé de tous : son SCI n’est pas un ingrédient écolo !

 

Faut-il tout de même privilégier le shampoing bio ?

 

Quoi qu’il en soit, bio ou pas, votre shampoing, pour laver, doit contenir un tensioactif. Et malgré tout, en bio, l’élu est le plus souvent le sodium cocoyl isethionate (SCI). De nombreuses marques, jouissant d’une image militante pour l’environnement, engagées dans le zéro déchet l’intègrent sans états d’âme à leurs shampoings. Peu cher, moussant, facile à utiliser, il a des arguments économiques. Et aussi, pour être tout à fait honnêtes, quelques plus (ou plutôt moins de moins) que beaucoup d’autres : bien que toxique pour les milieux aquatiques, il est totalement biodégradable. Et plutôt rapidement. On considère qu’il est dégradé avant de sortir de la station d’épuration, c’est déjà ça ! On n’est pas dans le zéro impact, certes, mais de tous les tensioactifs disponibles pour fabriquer des shampoings, il est de ceux qui ont le plus faible. Autre point positif : alors que la plupart des tensioactifs doivent être boostés et adoucis par un second tensioactif souvent tout aussi problématique, le SCI peut se suffire à lui-même. Bon, dans les faits, c’est rarement le cas… Et on reste de toute façon loin de la solution parfaite.

 

Et les labels bio, dans tout ça ? Sont-ils une garantie pour un vrai shampoing écolo ? Hum… Ecolabel ou Ecoreflex autorisent l’éthoxylation, Ecocert se contente de la limiter. Nature & Progrès (comme BIDH) qui l’exclut explicitement, alors ? Les tensioactifs des shampoings bio labellisés Nature & Progrès doivent en effet répondre à un cahier des charges précis : être d’origine végétale, obtenus par réaction chimique simple et intégralement biodégradables, sans glycols, adjonction d’oxyde d’éthylène ni recours aux OGM. Pas mal ! Mais il n’apporte pas non plus de réponse à toutes les problématiques environnementales : quid de l’huile de palme, notamment ? A partir du moment où elle est responsable, Nature & Progrès l’autorise…

 

Alors, que faire ? Cette chevelure, il faut tout de même la laver ! Privilégier tout de même le bio et le solide pour éviter les emballages, les conservateurs et autres produits pétrochimiques ? Mais en prenant le risque de créer d’autres problèmes ? Et si le sujet de fond était en réalité le shampoing en lui-même et nos habitudes en la matière ? Rendez-vous dans un prochain article où nous vous expliquerons pourquoi, hélas, le shampoing naturel idéal n’existe pas…

 

   

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À propos de l'auteur


Anne-Marie Gabelica
Ingénieure agronome diplômée en biochimie, Anne-Marie Gabelica a fait ses armes dans le secteur des cosmétiques durant 7 ans. Convaincue qu'une alternative au modèle actuel des cosmétiques (promesses marketing illusoires, manque de diversité dans les actifs, ingrédients inutiles et/ou dangereux, omniprésence des dérivés d'huile de palme) est possible, elle prend le chemin de l’entrepreneuriat militant. Anne Marie fonde alors oOlution pour réconcilier le bon pour soi et le bon pour tous.   Retrouvez chaque semaine les conseils d'Anne-Marie dans l'émission La Quotidienne sur France 5, disponible en replay juste ici ! Suivez son actualité sur sa page Facebook et sur Twitter @AMGabelica.

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Ce article est également disponible en anglais.

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