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A quoi servent les poils ?

Ecrit le 10.Mar.21 par Anne-Marie GABELICA — Mis à jour le 10.Mar.21


Avez-vous déjà compté votre temps passé à traquer vos poils ? A raser, épiler, arracher… Des poils pourtant ni superflus ni gênants ou sales : nous avons bien plus de raisons de garder nos poils que de les épiler ! Prêt.e à briser avec nous le tabou de la pilosité féminine ?

Pourquoi s’épile-ton ?

Des poils, tout le monde en a. Présents sur la quasi-totalité de l’épiderme, plus ou moins visibles, moins nombreux que du temps des cavernes, mais quand même : notre corps en compte 5 millions. Homme ou femme. Alors, pourquoi sont-ils si indésirables sur les corps féminins ? Pourquoi s’épile-t-on ?


A quoi servent les poils

Selon les époques, les modes, nous supprimons nos poils sur certaines zones, les conservons sur d’autres. Si les rasoirs préhistoriques en silex servaient à lutter contre les parasites, ce sont des normes sociales et esthétiques qui se sont imposées ensuite. Dans l’Antiquité, les Egyptien·ne·s s’épilaient de la tête aux pieds, les statues antiques représentaient des corps imberbes. Au Moyen-Âge c’était épilation intégrale… des sourcils et du haut du front. Le point commun ? Un rejet du poil, assimilé aux animaux et aux classes inférieures qui n’avaient ni les moyens ni le temps de s’en préoccuper.

Jusqu’au XXème siècle, cependant, on a laissé à peu près tranquilles les poils du corps des femmes. Mais alors là, tout s’est emballé. De nouvelles modes vestimentaires découvrent les corps féminins ? On nous conseille aussi sec de raser nos poils répréhensibles ! Premières crèmes dépilatoires, rasoirs pour femmes : l’épilation des jambes et des aisselles devient la norme. Bientôt suivie de l’épilation de toutes les parties du corps, même les plus intimes : pubis et sillon inter fessier. Sous l’influence, notamment, des images véhiculées par la pornographie. Aujourd’hui, notre société est largement intolérante aux poils féminins.

Evidemment, l’enjeu est devenu économique : 6,5 milliards de dollars pour le marché mondial des produits dépilatoires en 2019… Nos complexes rapportent.

C’est d’autant plus interpellant que nos poils sont loin d’être d’inutiles choses inesthétiques.



Les poils : utiles voire indispensables

Les poils sont bons pour la santé

Ils régulent la température du corps : en s’hérissant quand nous avons la chair de poule pour maintenir une couche d’air tiède sur la peau, en maintenant la sueur au plus près de la peau, sous nos aisselles, pour nous rafraîchir.

Les poils sont des barrières physiques contre les microbes, bactéries, poussières, allergènes... Comme nos cils et sourcils protègent nos yeux fragiles, nos poils du nez notre système respiratoire, nos poils pubiens sont Le bouclier de notre non moins délicate zone génitale. Ils retiennent les pathogènes loin de notre flore vaginale. Les femmes intégralement épilées sont 80 fois plus sujettes aux IST et MST ! Tordons le cou aux clichés : les poils ne sont pas sales. Au contraire, garder nos poils est plus hygiénique.

Certes, en retenant la sueur sous les aisselles et au niveau génital, les poils peuvent favoriser des odeurs plus fortes. Mais les seules responsables sont les bactéries présentent sur la peau, pas les poils : avec un bon déodorant naturel et une hygiène irréprochable, aucun souci.

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Les poils protègent notre peau



Notre peau aussi a besoin de nos poils et leurs follicules pileux. Car là, à quelques millimètres de profondeur, on ne trouve pas que des poils mais également nos mélanocytes qui interviennent dans le bronzage protecteur anti-UV et les kératinocytes qui produisent la kératine constitutrice de la couche cornée. Grâce à elle, la peau est imperméable, souple, protégée du froid, du chaud, des UV.

Surtout, les glandes sébacées sont presque toutes rattachées à nos poils : elles sécrètent le sébum dans le follicule avant qu’il ne s’écoule le long du poil et sorte via nos pores pour hydrater la peau et former son film hydrolipidique protecteur. Sans poils, la peau est moins bien hydratée et lubrifiée. Et c’est particulièrement problématique sur le pubis : épiler les poils pubiens c’est exposer notre vulve à la sécheresse et aux irritations.



Gardez vos poils pour votre vie sexuelle


Eh oui ! Les glandes sébacées rattachées aux poils du pubis et des aisselles libèrent des odeurs chargées de phéromones, essentielles dans l’attraction et l’excitation sexuelles. Et nos poils se chargent de les conserver. Ça n’est pas par hasard que ces poils poussent à la puberté ! Autre rôle clé pour une sexualité épanouie : les poils protègent la vulve des frottements et échauffements trop intenses qui peuvent provoquer irritations, brûlures…

S’épiler, ça n’est donc pas franchement rendre service à notre corps… d’autant moins que nos techniques d’épilation aggravent encore les choses.




Peut-on s’épiler sans agresser sa peau ?

Arsenic, chaux vive, cigüe ou sang de chauve-souris : ces techniques anciennes d’épilation vous horrifient ? Nos pratiques actuelles ne sont pas toujours plus recommandables...

Les crèmes dépilatoires agissent chimiquement pour couper les liaisons entre les différents constituants du poil. Avec, le plus souvent, des sels de Thioglycolate de Strontium et un pH très élevé : rougeurs et irritations sont inévitables. Ajoutez paraffines et silicones, tensioactifs agressifs et parfums synthétiques pour masquer leur odeur désagréable : le combo de tout ce qui est mauvais pour la peau (et la santé). Peau sensible ? Sujette à l’eczéma ? C’est réglé, vous ne supportez pas les crèmes dépilatoires. Mais il est préférable de les oublier quel que soit votre type de peau.

Oubliez également le ponçage ou dermo-abrasion (tout un programme) qui consiste à user le poil… et la couche cornée au passage.

Le rasoir est pratique, rapide... au prix de coupures, micro-blessures, irritations, décapages du film hydrolipidique et substances problématiques des gels à raser. Ajoutez une repousse hyper rapide qui exige de renouveler fréquemment les opérations et s’accompagne souvent de démangeaisons et boutons rouges, particulièrement au niveau du maillot : attention aux grattages compulsifs qui irritent encore un peu plus. La totale.

L’épilation définitive au laser ou lumière pulsée évite ces irritations répétées. Le revers : de gros risques de brûlures et, surtout, la destruction définitive de bulbes pileux et, donc, de glandes sébacées. Catastrophique pour la peau, particulièrement sur la zone génitale.

L’épilation à la cire ? Chaude, on évite, surtout à la maison et si on a la peau sensible ou des problèmes circulatoires. Froide, alors ? Elle tire sur le poil et la peau qui n’aime pas ça du tout, notamment sur les aisselles ou le maillot. Pas plus que les compositions de la plupart des bandes vendues dans le commerce : parfums allergisants perturbateurs endocriniens, cires synthétiques et paraffine issues d’hydrocarbures.

L’épilateur électrique est moins pire pour la peau mais pas très écologique et l’épilation peut être douloureuse. Reste donc la pince à épiler, fastidieuse, ou l’épilation au sucre avec des recettes de cire à épiler maison (elles existent sans miel pour les vegans 😉).

Mais aucune technique d’épilation ne permet d’échapper au risque de poils incarnés avec rougeurs, gonflements, boutons infectés qui laissent souvent de profondes cicatrices.
L’épilation est forcément une agression pour la peau.

s'epiler sans agresser sa peau

S’épiler moins, s’épiler mieux

Contraignante, stigmatisante, non-sens pour la santé : l’épilation a peu d’arguments pour elle. En réaction, le mouvement Body Positive et le féminisme revendiquent le droit de garder ses poils comme un puissant symbole de libération : jambes ou aisselles poilues s’affichent sur les réseaux sociaux de militantes, célèbres ou anonymes. Des démarches comme Le Sens du Poil et son webdocumentaire dédiabolisent la pilosité féminine. La fin d’un diktat ?


epilation et irritation de la peau

On en est loin. Normal quand il est masculin, le poil reste indésirable sur un corps féminin. Sale, dégoûtante, pas sexy, pas féminine, laide, négligée, yéti : la bienveillance est souvent loin, sous les photos #jegardemespoils ou #Hairylegclub. Avez-vous, vous aussi, d’abord vu le confinement comme une libération et laissé vos poils vivre leur vie... avant de craquer sur la cire ou le rasoir, en dehors de toute pression du regard des autres ? Des militantes body positive soulignent elles-mêmes leurs difficultés à s’affranchir de l’épilation des jambes ou des aisselles. Parce que nous avons appris depuis toutes petites à ne pas envisager notre corps autrement. Regardez autour de vous : les poils féminins sont absents des médias, pubs, catalogues…

Alors quitte à s’épiler, autant le faire le moins mal possible :

Certaines parties du corps ne devraient jamais être totalement épilées : le pubis, notamment. Pour les autres parties du corps, les aisselles par exemple, essayez au minimum de les laisser tranquilles quand elles ne sont pas visibles.

Prudence avec le rasoir : changez très régulièrement les lames, véritables nids à bactéries et garanties de blessures et irritations supplémentaires quand elles sont émoussées. Rasez toujours sur peau impeccablement propre, dans le sens de la pousse pour éviter irritations et poils incarnés et jamais à sec. Mais oubliez les produits de rasage pétrochimiques du commerce : préférez un savon saponifié à froid surgras ou une huile végétale. Bien sûr, jamais de rasoir sur peau lésée ou irritée.

• Ne faites jamais l’impasse sur les soins post-épilation, essentiels pour réparer le film hydrolipidique et éviter les poils incarnés : nettoyage rigoureux, pschitt apaisant d’eau florale puis hydratation complète avec un lait ou une crème adaptée à votre peau, un baume réparateur ou une composition d’huiles végétales apaisantes

• Faites particulièrement attention à la composition de vos cosmétiques : le rasage ou l’épilation fragilisent votre peau qui devient plus perméable. Choisissez très soigneusement votre déodorant si vous vous rasez les aisselles : 100% naturel, sans aucune substance controversée ni irritante (sels d’aluminium, pierre d’Alun…) Notre déodorant naturel bio Keep Cool coche toutes les cases.

Ce n’est qu’en banalisant le poil sur le corps féminin, en comprenant que oui, les poils sont utiles et absolument pas antihygiéniques que nous parviendrons à surmonter ensemble le diktat de l’épilation. Les posts Instagram d’aisselles ou jambes poilues récoltent likes et applaudissements, mais il reste du chemin à parcourir pour que les poils féminins aient le droit d’exister publiquement dans la vraie vie, au même titre que leurs homologues masculins. Pas pour interdire aux femmes de s’épiler, non : l’épilation est une question intime, on ne remplace pas un diktat par un autre ! Mais pour que chacune ait le choix, en toute connaissance de cause.