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10 conseils pour éviter les dangers des nanoparticules en cosmétiques

Par le 20 août 2018

La nocivité des nanoparticules, vous en avez peut-être entendu parler lors de pics de pollution atmosphérique. Et si l’on vous disait que des nanoparticules entrent dans la composition de nombreux produits du quotidien, dont les cosmétiques ? Cela vous paraît incroyable ? Et pourtant…

 

 

Qu’est-ce que les nanoparticules ?

La définition des nanoparticules ? Une infime quantité de matière, mesurant entre 1 et 100 nanomètres (1 nanomètre = 1 millionième de millimètre !) Elles peuvent être naturelles – les émissions volcaniques, les virus…-, ou produites par les fumées industrielles, les moteurs, les cigarettes…

Mais on fabrique également des nanoparticules industriellement, par broyage ou procédés chimiques, à partir de divers matériaux : aluminium, zinc, carbone… Pourquoi ? Pour les propriétés que ces matériaux acquièrent uniquement quand il sont à une taille nanoparticulaire.

Ajoutées sous forme de poudre ou gel à un produit, elles ont la capacité d’en modifier les propriétés : couleur, texture, odeur, résistance…  Les bonbons sont plus brillants ou les dentifrices plus blancs sous l’effet du dioxyde de titane, le sucre en poudre ne forme plus de paquets grâce à l’oxyde de silice,… En somme, les nanoparticules ont envahi notre quotidien, à notre insu.

 

 

Pourquoi les cosmétiques contiennent des nanoparticules ? 

Avec les produits alimentaires industriels, les cosmétiques sont les produits qui posent le plus problème par rapport aux nanoparticules qu’ils contiennent. En particulier, les nanoparticules de dioxyde de titane, de silice, de noir de carbone, d’oxydes de zinc ou de fer qui ont de multiples applications dans ce type de produit. Elles améliorent les effets de couleurs, la tenue ou la texture poudreuse des produits de maquillage : colorants des vernis à ongles, fonds de teint lissants, fards à paupières nacrés, poudres, rouges à lèvres longue tenue en contiennent fréquemment…

Ces nanomatériaux utilisés en cosmétiques en tant que colorants, agents de texture, antibactériens ou filtres UV, ne sont pas interdits encore par la réglementation et les industriels sont uniquement soumis depuis 2013 à l’obligation d’étiquetage des nanomatériaux dans les cosmétiques, qui n’est hélas pas respectée.

La DGCCRF, qui contrôle cette obligation européenne d’étiquetage des nanomatériaux dans les cosmétiques, a mené des tests dont les résultats montrent que l’obligation d’étiquetage est insuffisamment respectée, avec 37 produits sur 45 analysés qui contiennent des nanomatériaux non mentionnées sur l’étiquette.

Début 2018, l’UFC-Que Choisir a annoncé avoir trouvé des nanomatériaux non étiquetés dans les 9 produits cosmétiques qu’elle a testés et avoir déposé des plaintes contre des fabricants pour non-respect de l’obligation légale de signalement sur l’emballage.

 

 

Quels sont les risques pour la santé liés aux nanoparticules ? 

La réduction de matériau en nanoparticules est une technologie récente, que nous ne maîtrisons pas encore, notamment dans ses effets sur la santé et l’environnement. Et les quelques certitudes que nous avons n’ont rien de rassurant.

Nous savons que certaines molécules, normalement inoffensives, deviennent instables, voire toxiques une fois réduites à taille nano. Nous savons également que, plus petites que nos cellules, les nanoparticules ont un pouvoir de pénétration sans équivalent. Elles sont capables de traverser toutes les barrières de défense de notre corps : intestinale, encéphalique, peau… Et d’atteindre, via le sang, le noyau de nos cellules de tous nos organes. Bien sûr, elles pénètrent sans difficulté le placenta. Nous savons enfin que l’organisme ne parvient pas à les éliminer ce qui pose un problème de bio-accumulation très préoccupant. La situation est telle que des chercheurs comparent les nanoparticules de dioxyde de titane à l’amiante et l’ANSES considère le dioxyde de titane sous forme nano comme cancérogène.

Des liens sont établis entre exposition aux nanoparticules et infections respiratoires, affaiblissement du système immunitaire, accélération de l’oxydation des cellules, et même altération de l’ADN. Le principal accusé en cosmétiques est le dioxyde de titane (TiO₂ dont l’identification INCI est Cl 77891). A noter qu’il a été évalué par le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC), qui a approuvé leur utilisation comme anti-UV, avec une autorisation d’une concentration maximale de 25%. Les applications de dioxyde de titane sous forme de spray sont d’ailleurs interdites pour éviter leur inhalation et les risques pulmonaires associés. Les nanoparticules de dioxyde de titane sont d’ailleurs généralement enrobées d’une couche de silice ou d’alumine afin d’empêcher la formation de radicaux libres qui provoquent le vieillissement cutané. Cependant, le chlore des piscines peut dégrader ce revêtement, or au contact de l’eau et sous l’effet de la lumière, les nanoparticules de dioxyde de titane peuvent alors libérer des radicaux libres, responsables du vieillissement de la peau et de l’apparition de cancers.

Sur ces bases, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) préconise depuis 2014 leur interdiction dans les produits grand public. Les associations, telle que l’Association de veille et d’information civique sur les enjeux des nanotechnologies et des nanosciences (Avicenn), réclament a minima un moratoire sur les nanoparticules de dioxyde de titane.

Face à l’ampleur du problème, constater que la seule obligation qui s’impose à ce jour à l’industrie cosmétique, qui est d’ajouter la mention [nano] après le nom du composant concerné, n’est même pas respectée, montre à quel point cet enjeu sanitaire n’est pas encore suffisamment pris en compte.

 

 

Comment éviter les nanoparticules dans les cosmétiques ?  

Avec une législation peu protectrice et des industriels qui ne jouent pas le jeu, il va falloir partir vous-mêmes à la chasse aux nanoparticules. Nous allons vous donner tous les conseils pour ! 😉

 

 

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Conseil n°1 : Pour la protection solaire, fuyez le dioxyde de titane

L’oxyde de zinc présente moins de dangers avérés pour la santé que le dioxyde de titane car il réagit moins avec les UV pour former des radicaux libres.

Il faut néanmoins garder en tête que l’oxyde de zinc reste une nanoparticule, certes moins nocive que le dioxyde de titane, mais cependant pas sans risque, d’où notre prochain conseil…

 

Conseil n°2 : Protégez vous au maximum du soleil par d’autres moyens que la crème solaire

Nous ne disons pas qu’il ne faut pas utiliser de crèmes solaires, car elles restent un moyen efficace de prévention des cancers cutanées. Cela dit, les crèmes solaires ne sont pas le seul et le plus sûr moyen de protéger sa peau, car en plus des nanoparticules elles contiennent aussi des perturbateurs endocriniens.

Les conseils de bon sens, tels qu’éviter de s’exposer aux heures de plus grand ensoleillement, l’utilisation de chapeau et pour les enfants de combinaisons et tentes anti-UV, sont plus que jamais valables ! Quand il n’y a pas d’autres solutions possible, on peut utiliser des crèmes solaires en dernier recours.

 

Conseil n°3 : Privilégiez des solaires bio en connaissance de cause

En principe, les cosmétiques bio ne devraient pas contenir de nanoparticules. Ecocert, organisme international de contrôle et certification biologique, dit « vérifier l’absence de nanoparticules » inférieures à 100 nm pour les cosmétiques (mais autorise du dioxyde de titane au-delà de 100 nm). Idem pour la mention Nature & Progrès qui interdit les particules inférieures à 100 nanomètres dans les cosmétiques. Cela dit, depuis 2016, le cahier des charges Cosmos, qui est sensé harmoniser les cahiers des charges au niveau européen, autorise les filtres nanos de dioxyde de titane et oxyde de zinc, dans certaines limites.

Cependant les fournisseurs ne signalent pas la dimension nanométrique des ingrédients qu’ils vendent aux fabricants de cosmétiques et certains vendent comme « non nano » des ingrédients pourtant nano (ECOCERT l’a appris à ses dépens en 2012). En janvier 2018, UFC-Que Choisir a même dans ses tests détecté 100 % de nanoparticules dans le filtre solaire dioxyde de titane (titanium dioxide) » de la crème solaire Lavera 100 % minérale SPF 30. Pas de chance pour cette marque ainsi épinglée, car le problème concerne toutes les marques même bio.

La solution serait pour les marques de cosmétiques de mener des tests fréquents de nanométrologie pour contrôler l’absence de nanoparticules dans leurs matières premières et leurs produits finis.

De toutes les façons, lorsque vous choisissez une crème solaire bio, si vous n’avez pas l’assurance d’avoir un produit sans nanoparticules, vous êtes au moins sûr de ne pas retrouver des filtres chimiques perturbateurs endocriniens et autres molécules nocives.

 

Conseil n°4 : Méfiez-vous des crèmes solaires transparentes mais pas que !  

Tous les produits de protection solaire contiennent des filtres minéraux, principalement le dioxyde de titane et l’oxyde de zinc. Ils permettent de protéger la peau des UV, UVB en particulier, et plus ils sont concentrés dans la formule, plus est élevé le SPF du produit, autrement appelé FPS en français (Facteur de Protection solaire)

Ces filtres minéraux ont l’inconvénient de laisser un film blanc sur la peau. Pour palier à cela, les industriels ont recours à des procédés de chimie lourde qui permettent de les réduire au format nano, ce faisant  ils rendent la crème plus fluide et transparente : adieu l’effet masque blanc.

Pour savoir si une crème contient des nanoparticules, vous pouvez vérifier si elle ne laisse pas un léger film blanc sur la peau, cela signifie qu’elle ne contient probablement des nanoparticules.

L’inverse n’étant hélas pas vrai : une crème blanchâtre peut contenir des écrans minéraux sous forme non nanométriques et nanométriques

 

Conseil n°5 : Soyez particulièrement vigilants avec les produits appliqués sur les zones de peau fine, lésée ou fragilisée

Sur ces zones, les nanoparticules ont encore plus de facilité à pénétrer votre organisme : attention donc aux compositions de votre déodorant et de vos savons, notamment sur aisselles rasées et à votre dentifrice plus blanc que blanc qui peut être ingéré et est dans tous les cas, en contact direct avec la muqueuse. De manière contre-intuitive, veillez aussi à ne pas appliquer de crème solaire sur une peau lésée et/ou ayant subi un “coup de soleil” pour éviter de favoriser la pénétration des nanoparticules qu’elle contient.

 

Conseil n°6 : Evitez les (rares) produits qui indiquent honnêtement la mention [nano] dans leur composition.

De la même façon, détournez-vous des produits listés par l’UFC-Que Choisir comme contenant des nanoparticules.

 

Conseil n°7 : Méfiez-vous des cosmétiques à base de poudre

Que ce soit les poudres pour bébés, les poudres libres maquillage et les poudres de protection solaire, elles sont susceptible de contenir du dioxyde de titane et autres nanoparticules.

 

Conseil n°8 : Attention au maquillage !

Adoptez des réflexes de méfiance devant un produit de maquillage ou longue tenue comme les rouges à lèvres et les vernis à ongles car ces effets sont souvent assurés par des nanoparticules. Celles-ci sont également très utilisées pour obtenir les teintes et nuances de blushs irisées, des fards à paupières nacrés, des fonds de teint lissants,…

 

Conseil n°9 : Haro sur les sprays

Dans le doute, évitez les produits en spray de produits pour cheveux ou solaires, qui favorisent l’inhalation des nanoparticules et l’atteinte pulmonaire, et ceux comportant du dioxyde de titane, même sans mention [nano].

Les sprays d’eaux florales ou d’huiles végétales pures ne sont bien-sûr pas concernées 😉

 

Conseil n°10 : Informez-vous !

En plus de notre bloOg, vous pouvez consulter le catalogue des nanomatériaux utilisés en cosmétique établi par la Commission européenne. Ce catalogue n’est pas optimal, en ce qu’il indique juste des catégories d’ingrédient dans lesquels se trouvent des substances à l’état nano (seules celles signalées par une astérisque * étant autorisées à l’état nano :

  • 12 colorants : CI15850 (rouge) – CI19140 (jaune) – CI77120 (blanc) – CI77266* (noir de carbone) – CI 77288 (colorant vert) – CI77400 (brun) – CI77480 (jaune) – CI77491 (oxyde de fer ; rouge) – CI77499 (oxyde de fer ; noir) – CI77510 (bleu) – CI77820 (argenté) – CI77891 (dioxyde de titane ; blanc)
  • 6 filtres UV : Bis-Ethylhexyloxyphenol Methoxyphenyl Triazine , Ethylhexyl Methoxycinnamate, MBBT*, dioxyde de titane(TiO2)*, TBPT*, Oxyde de zinc (ZnO)*
  • 25 autres substances : Alumina, Cellulose, Colloidal Copper, Colloidal Gold, Colloidal Platinum, Colloidal Silver, Fullerenes, Gold Thioethylamino Hyaluronic Acid, Hydrated Silica, Hydroxyapatite, Lithium Magnesium Sodium Silicate, Platinum, Platinum Powder, Retinol, Sapphire Powder, Silica, Silica Dimethicone Silylate, Silica Dimethyl Silylate, Silica Silylate, Sodium Magnesium Fluorosilicate, Sodium Magnesium Silicate, Sodium Propoxyhydroxypropyl Thiosulfate Silica, Styrene/Acrylates Copolymer, Tin Oxide, Tocopheryl Acetate
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Autre source d’information fiable et exhaustive sur le sujet des nano, le site VeilleNanos qui détaille aussi les enjeux des nanoparticules dans d’autres domaines : alimentation, travail… Un incontournable !

Enfin, décortiquez les chartes des marques. Recherchez celles qui communiquent sur l’absence de nanoparticules dans leurs compositions. Interrogez les autres.

Vous le voyez, comme dans tous ces sujets de santé publique, l’humain n’est pas la seule victime. Les nanoparticules ne sont filtrées ni par l’air ni par l’eau : elles pénètrent les cellules des animaux, végétaux, micro-organismes. Leur impact sur les écosystèmes aquatiques, via nos crèmes solaires, est d’ores et déjà désastreux. Et nous ne sommes qu’au début de nos découvertes, ces substances soulèvent encore peu l’intérêt des politiques.

Nous jouons donc aux apprentis sorciers avec des particules dangereuses, qui ne sont pourtant pas incontournables. Elles sont le plus souvent de simples additifs et non des actifs essentiels. Un dentifrice plus blanc se vend mieux, mais n’est pas plus efficace contre les caries.

Le dossier « nanoparticules » est loin d’être clos. Sous la pression d’associations, les pouvoirs publics ont promis des contrôles plus stricts et de nouvelles recherches. Espérons que les choses évoluent plus rapidement à l’avenir, faute de quoi nous risquons de nous retrouver dans quelques années face à un scandale sanitaire similaire à celui de l’amiante ou des perturbateurs endocriniens…

   

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À propos de l'auteur


Anne-Marie Gabelica
Ingénieure agronome diplômée en biochimie, Anne-Marie Gabelica a fait ses armes dans le secteur des cosmétiques durant 7 ans. Convaincue qu'une alternative au modèle actuel des cosmétiques (promesses marketing illusoires, manque de diversité dans les actifs, ingrédients inutiles et/ou dangereux, omniprésence des dérivés d'huile de palme) est possible, elle prend le chemin de l’entrepreneuriat militant. Anne Marie fonde alors oOlution pour réconcilier le bon pour soi et le bon pour tous.   Retrouvez chaque semaine les conseils d'Anne-Marie dans l'émission La Quotidienne sur France 5, disponible en replay juste ici ! Suivez son actualité sur sa page Facebook et sur Twitter @AMGabelica.

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