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Norme cosmétique naturelle : véritable assurance ou mensonge ?

Par le 13 janvier 2020

Modifié le 24 mars 2020

Derrière l’obscur intitulé Norme ISO 16128, une ambition a priori louable : harmoniser les définitions des cosmétiques bios et naturels au niveau international. Un outil pour une meilleure lisibilité et donc une meilleure information et protection du consommateur ? On en rêve ! Hélas, 6 années de travail impliquant une trentaine de pays ont accouché d’une norme précieuse pour… les industriels. Caution prestigieuse pour leur greenwashing, arguments pour vanter la naturalité de leurs crèmes pétrochimiques : on vous dit tout.

 

Elle dit quoi, cette norme ?

 

Se mettre d’accord au niveau international sur ce qu’on entend par cosmétique naturel ou cosmétique bio ? Parler enfin une même langue ? Voilà une idée intéressante ! Et ambitieuse… La Norme ISO 16128 a le mérite de proposer une solution.

 

Tout d’abord, elle définit 4 catégories d’ingrédients cosmétiques : les ingrédients naturels, les ingrédients biologiques puis ceux d’origine naturelle ou biologique qui doivent être composés à plus de 50% de matières premières naturelles ou bios.

 

Puis elle leur attribue un indice :

 

  • 1 pour un ingrédient naturel / bio,
  • 0 s’il est synthétique / non bio,
  • et entre ces 2 extrêmes : les ingrédients d’origine obtiennent des notes intermédiaires en fonction du pourcentage de naturel ou de bio dans leurs matières premières.

 

Il est alors possible de calculer à quel point un cosmétique est naturel ou bio en fonction de la « note » de chacun de ses ingrédients et de leur proportion dans le produit fini. Une démarche qui semble rigoureuse.

 

Pourtant, le premier gros signal d’alerte a été donné assez tôt, lorsque les labels Cosmebio et Ecocert ont claqué la porte du groupe de travail. Ils refusaient de servir de caution écolo à ce qui leur apparaissait comme un vaste enfumage. Ne sont alors restés pour la France que les gros laboratoires conventionnels, massivement représentés en raison de droits d’entrée exhorbitants. La délégation allemande dans son ensemble a, pour sa part, voté contre tous les textes. On est loin du consensus… Mais qu’est-ce qui cloche, alors ?

 

Le(s) plus gros problème(s) : ce qu’elle ne dit pas

 

La liste est longue !

 

1. Une norme non contraignante et sans contrôle

 

Il s’agit d’une norme. Pas une loi ni un label, pas même un cahier des charges. Elle ne contraint pas : son application est volontaire. Pourtant, certaines normes ISO prévoient des modalités de contrôle et certification. Mais ce n’est pas son cas : la norme ISO 16128 n’exprime qu’une confiance en la bonne foi des fournisseurs et fabricants (un rire nerveux vous a échappé ? A nous aussi !). Autant dire que les entreprises n’appliquent ce genre de normes qu’à des fins publicitaires et d’image.

 

2. Une norme qui n’harmonise pas grand-chose

 

Habituellement une norme cherche… à harmoniser. C’est même sa raison d’être. Sur ce point la norme ISO 16128 rate totalement son but : afin de satisfaire tout le monde, elle s’adapte à la législation de chaque pays. Concrètement ? Elle n’interdit les OGM que dans les pays qui les interdisent déjà. Et pour la défintion des ingrédients bios, elle renvoie à celle des organismes du pays où est produit le cosmétique. Autant dire qu’elle ne sert à rien !

 

3. Aucun seuil pour utiliser les termes bio et naturel

 

La norme ISO 16128 ne définit aucun seuil en-deçà duquel un cosmétique ne peut utiliser les mots bio ou naturel sur son packaging ou ses publicités. Quel qu’en soit le pourcentage, il peut faire apparaître un énorme BIO ou NATUREL avec un tout petit « xx% » à côté en se revendiquant de la Norme internationale ISO 16128 (ça en jette, non ?). La norme le souligne elle-même : elle ne dit rien sur la communication et l’étiquetage des produits.

 

4. Un critère de naturalité au rabais

 

Penchons-nous sur le critère naturel : il concerne les ingrédients d’origine végétale, animale et minérale. L’eau entre dans cette catégorie. Elle est donc prise en compte pour calculer la naturalité du cosmétique. Et quel est l’ingrédient principal de la plupart des cosmétiques conventionnels ? Bingo, l’eau. Elle représente souvent 60 à 90% du total ! Pas besoin d’ajouter grand-chose pour atteindre un formidable pourcentage d’origine naturelle. Même avec, pour le reste, des composants 100% pétrochimiques. Vous n’avez pas l’impression d’être pris pour des idiots ?

 

5. Pas de liste noire

 

La norme ISO 16128 ne définit aucune liste noire d’ingrédients. Pas même des plus controversés ! Autrement dit un cosmétique peut très bien être plein de parabens, silicones, solvants, phénoxyéthanol… et revendiquer sa naturalité.

 

Cerise sur le gâteau, avec les ingrédients d’origine naturelle : là non plus, aucun n’est disqualifié ou pénalisé pour sa teneur en matière première suspecte, toxique ou polluante. A partir du moment où un ingrédient est composé à plus de 50% de matière première naturelle, tout va bien pour la norme. Les 49,9% restants sont issus de la pétrochimie ? Elle préfère l’ignorer. Les silicones sont une catastrophe écologique ? Peut-être, mais s’ils sont fabriqués à partir de sable ils peuvent servir d’argument de naturalité… On croit rêver !

 

6. La cosmétique naturelle par le petit bout de la lorgnette

 

Enfin, elle n’exclut ou ne pénalise aucun procédé de production pour qualifier un ingrédient d’origine naturelle. Un composant peut être obtenu via les procédés les plus dangereux pour la santé et l’environnement, la norme n’y trouve rien à redire. Pas même un tout petit malus sur la note finale. Aucune notion non plus de durabilité sociale et écologique du mode d’exploitation des matières premières. Les emballages ? Pas un mot. La traçabilité des ingrédients ? Késaco ? L’éthique ? Ça n’est pas un sujet. On ne peut être plus en désaccord : la cosmétique bio et naturelle ne se limite pas à des calculs d’indices avec des oeillères sur tout ce qui gravite autour. C’est un ensemble de valeurs.

 

Résultat : des cosmétiques conventionnels repeints en vert

 

Pour dire les choses clairement, avec la norme ISO 16128, la tromperie est cautionnée. Votre soin peut afficher « plus de 65% d’ingrédients naturels conformément à la Norme ISO 16128 » et n’en contenir aucun réellement naturel à 100% ! Être blindé de pétrochimie dans un packaging bourré de perturbateurs endocriniens, produit via un procédé hyper polluant dans des usines exploitant des populations entières à l’autre bout de la planète. Avec peut-être, au passage, la surexploitation de ressources mettant en péril des écosystèmes. Mais la norme, faite par et pour l’industrie cosmétique, l’adoubera.

 

Il ne pourra certes pas se présenter comme globalement naturel, en France : l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité établit un seuil à 95% (c’est déjà ça, même si elle renvoie au mode de calcul établi par la norme ISO 16128…). De même, un cosmétique contenant 30% de bouts d’ingrédients biologiques ne peut pas se revendiquer bio en France. Ne répondant pas aux critères légaux français, il n’obtiendrait pas la certification indispensable pour en aposer le logo.

 

Mais on fait pleinement confiance au marketing des labos pour entretenir la confusion, aidés par la caution pseudo-officielle de la norme. Vraiment, trop sympa de sa part de prêter gracieusement son image de sérieux et de rigueur au greenwashing, non ? On sait bien que s’y retrouver au milieu des centaines d’ingrédients cosmétiques n’est pas chose aisée et qu’une norme ou un label, même imparfait, rassure. Bref, un beau hold-up orchestré par les industriels cosmétiques. Leur motivation ? Capter plus largement le marché du naturel, hyper dynamique, alors que celui des cosmétiques conventionnels stagne. Sans se plier à ses exigence, évidemment, mais en changeant ses règles. Bien plus simple (et économique) ! Le risque est réel de jeter le soupçon sur l’ensemble des cosmétiques qui se revendiquent naturels. Même les plus vertueux. Et ça, ça nous met sacrément en colère… mais ne change pas fondamentalement le fond du problème.

 

Oui, les cosmétiques abusivement estampillés origine naturelle risquent de fleurir avec le vernis pseudo-légal de la norme. Mais le greenwashing est de toute façon déjà tellement développé et si peu contrôlé… A quoi se fier, alors ? Les labels sont un indicateur, notamment Nature & Progrès, mais insuffisant. Les bons réflexes restent de mise : opter pour le 100% naturel, idéalement bio, et s’en assurer en décortiquant étiquettes et chartes et en se méfiant toujours des allégations péremptoires. Pour vous aider : Comment reconnaître des cosmétiques vraiment naturels?. En un mot : soyez consommacteurs. Questionnez, interpellez, informez-vous comme vous êtes en train de le faire en lisant notre BloOg ;).

 

En résumé :

  • la norme ISO 16128 est une tentative des industriels de récupérer le marché de la cosmétique naturelle : elle n’a aucun intérêt pour le consommateur.
  • ne vous fiez pas à un pourcentage de bio ou naturel affiché selon la norme ISO 16128 : continuez à décortiquer les étiquettes pour vous assurer des soins efficaces, respecteux de votre santé et de la planète.

 

   

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À propos de l'auteur


Anne-Marie Gabelica
Ingénieure agronome diplômée en biochimie, Anne-Marie Gabelica a fait ses armes dans le secteur des cosmétiques durant 7 ans. Convaincue qu'une alternative au modèle actuel des cosmétiques (promesses marketing illusoires, manque de diversité dans les actifs, ingrédients inutiles et/ou dangereux, omniprésence des dérivés d'huile de palme) est possible, elle prend le chemin de l’entrepreneuriat militant. Anne Marie fonde alors oOlution pour réconcilier le bon pour soi et le bon pour tous.   Retrouvez chaque semaine les conseils d'Anne-Marie dans l'émission La Quotidienne sur France 5, disponible en replay juste ici ! Suivez son actualité sur sa page Facebook et sur Twitter @AMGabelica.

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