P-WAC_amandine-renaud

Interview : Amandine Renaud, présidente de l’association P-WAC

Par le 24 septembre 2014

Il y a peu de temps on a fait la connaissance d’Amandine Renaud, présidente de l’association P-WAC qui œuvre pour la préservation des écosystèmes menacés, et tout particulièrement des primates.

Charmés par son combat et son projet, on a décidé de lui donner la parole au travers de quelques questions, afin de lui permettre de nous présenter ses actions.

 

Amandine, pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

J’ai toujours été très sensible à la souffrance animale et au respect de la biodiversité qui nous entoure. Les singes ont depuis toujours capté mon attention, plus particulièrement les Gorilles de montagne. Déjà toute petite, je me voyais vivre avec eux au milieu de la jungle !

 

Au sortir du BAC, j’ai travaillé quelques années pour financer ce projet de vie en milieu tropical. J’avais cette folle envie de découvrir ce monde que je ne connaissais qu’au travers de mes lectures. À 22 ans, avec assez d’argent en poche, j’ai fais le grand saut et suis partie au Congo à la rencontre de mes « poilus » comme je les appelle. Sauf qu’au lieu de gorilles, j’étais bénévole auprès de chimpanzés. Initialement déçue de n’avoir trouvé de missions avec les gorilles, c’est pourtant auprès d’un chimpanzé que ma vie a basculée. C’est lui qui m’a plus que jamais décidée à me recentrer professionnellement à mon retour. C’est ainsi que, souhaitant devenir primatologue, j’ai repris mes études.

Ma licence de psychologie en poche, j’ai intégré une prestigieuse université anglaise où j’ai pu atteindre ce premier objectif : devenir primatologue (aucune formation en primatologie n’existait en France). J’ai ensuite pu d’intégrer un des plus grands centres de recherche en primatologie : le Max Planck Institute. Après avoir été bénévole puis étudiante, c’est en tant que manager d’un site de recherche de bonobos sauvages que ma carrière de primatologue a débuté. Pendant un an j’ai vécu avec une communauté de bonobos sauvages. Un an après je publiais mon premier article sur la conservation des grands singes dans leur milieu naturel.

 

À ce moment, j’avais une bonne connaissance du terrain, je savais comment mener une étude scientifique et gérer une équipe. Me restait alors à acquérir de l’expérience dans la médiatisation de projet. Pourquoi ? Parce que même si le terrain est plus que nécessaire à la sauvegarde des grands singes et de la faune en général, si personne ici, chez nous, dans nos pays, n’est informé des réalités si lointaines à leur quotidien… alors à quoi bon se battre seul pour sauver des espèces ? Cette expérience m’a appris à quel point en France, nous ne sommes pas informés correctement sur ce milieu. J’en avais conscience ayant eu des difficultés à trouver ma voie universitaire à l’époque, mais là, la réalité était telle que je me suis intéressée de plus près aux hommes et à leur regard sur les grands singes. C’est ainsi qu’en 2013, j’ai entrepris une thèse en anthropologie de la nature afin de mieux comprendre les interactions entre les hommes et leur environnement. Ce qui me parait logique car sans prendre en compte le regard de l’homme, on ne peut faire avancer la cause animale…

 

Pourquoi avez-vous créé une association de préservation des Grands Singes : P-WAC (Project for Wildlife and Apes Conservation) ? Votre projet sera-t-il en Afrique ?

Je n’ai pas fait cela seule. Après avoir quitté une association dont j’étais responsable, j’ai rencontré un grand monsieur, un homme d’affaire en République Démocratique du Congo, qui m’a demandé pourquoi ne pas monter mon propre projet : Pascual R. Après avoir bien réfléchi à ces dix années passées, naissait finalement cette envie de créer mon propre chemin. Et j’ai donc décidé de me lancer dans cette nouvelle aventure. Pascual m’a encouragée et m’a fait rencontrer des personnes intéressées et ouvertes à cette idée nouvelle. De là, P-WAC a commencé… Aujourd’hui nous sommes une petite équipe à agir.

 

Pourquoi l’Afrique ? Pourquoi la RDC ? La raison est simple. Tout comme Pascual, j’avais travaillé dans ce magnifique pays, et nous connaissions tous les deux les besoins attendus pour les grands singes et les communautés locales. Il était donc naturel de choisir cette contrée.

 

Quelles sont les menaces qui pèsent sur les Grands Singes en Afrique ?

Malheureusement, elles sont multiples mais ont toute une seule origine : l’Homme. Déforestation, chasse illégale, utilisation d’animaux comme fétiches… Les grands singes, tout comme la plupart des animaux tropicaux (!!!), sont menacés.

 

Les populations locales ont besoin de bois pour se chauffer, d’espace pour leur agriculture et empiètent sur la forêt. Nous même sommes un maillon de cette disparition puisque nous achetons du bois tropical pour meubler nos appartements et jardins. Une fois coupées, les forêts deviennent des océans de monocultures intensives, telles que le palmier à huile que tout le monde connaît, ou encore le soja. Nous sommes bel et bien principaux acteurs de cette catastrophe écologique.

Le braconnage quant à lui trouve sa place dans le commerce de viande de « brousse » qui est à la fois un apport numéraire important pour ces populations souvent sans emploi et à l’avenir incertain, une source de protéines non négligeable, et également une tradition. Enfin, le braconnage alimente le commerce d’animaux de compagnie. Si un chimpanzé adulte va défendre son groupe face à un chasseur, une fois mort, il laisse sa descendance comme proie aisée…

 

Quelles sont vos actions concrètes pour la protection des Grands Singes en Afrique ?

P-WAC est une association dont l’objectif est de protéger les grands singes par le biais d’actions de sensibilisation et d’éducation. Pour se faire, nous participons à des salons environnementaux, donnons des conférences, des séminaires en entreprises, mais nous réalisons également des actions auprès des plus petits, en allant dans les écoles pour sensibiliser cette jeune génération qui est un dernier espoir pour l’environnement.

 

Le projet en Afrique est en cours de réalisation. Après avoir rencontré par le biais de Pascual les personnes adéquates à Kinshasa en février dernier, nous sommes actuellement dans la phase de recherche de partenariats, car un tel projet de conservation nécessite un appui certain. L’objectif est alors de mettre en place un centre de soins et de réhabilitation en République Démocratique du Congo. Et nous avons hâte de commencer l’aventure. Mais cela passe par une étape « patience » non négligeable, car il y a de nombreuses démarches administratives à exécuter, ainsi qu’une prospection de terrain permettant le choix du meilleur site pour mener à bien cette aventure. Nous souhaitons récupérer des grands singes victimes de braconnage afin de les soigner pour leur apporter un avenir meilleur, dans leur environnement.

L’originalité de P-WAC réside dans sa troisième action : l’implication des femmes. Cette communauté m’a toujours touchée sur le terrain. Voir à quel point, dans de nombreuses régions d’Afrique, les femmes agissent et s’acharnent à la tâche pour n’être en retour que peu reconnues m’a toujours laissée perplexe… Je crois qu’inconsciemment alors j’avais déjà fait la promesse d’évoluer avec les grands singes mais aussi avec la communauté féminine. De ce fait, notre souhait est de faire participer les populations locales, particulièrement les femmes, au projet.

 

Comment réussir à protéger une espèce sans tenir compte de l’avis des premières personnes concernées par leur sort ? Comment réussir à mettre en place des actions in situ sans connaître au mieux les habitudes religieuses, culinaires, et autres activités de chasse des populations locales ? Cela est impossible. C’est d’ailleurs le sujet d’étude que j’ai choisi pour ma thèse, ce qui regroupe les aspects anthropologique et ethno-primatologique.

 

Y a-t-il des choses à savoir pour ne pas nuire aux Grands Singes au travers de nos choix du quotidien (alimentation, décoration, cosmétiques…) ?

Si ce sujet n’est pas la priorité de tous, il suffit pourtant de faire preuve d’altruisme, de solidarité pour changer les choses, et de penser sur du long terme. Comprendre ce que nous faisons, et pourquoi. D’où l’intérêt de nos actions d’information et d’éducation !! La majorité des personnes veulent une belle vie de famille. Alors il faut penser au monde que nous allons laisser à nos enfants, en leur apportant le meilleur. Concrètement, réfléchir à nos gestes quotidiens est la meilleure des choses, d’autant plus que nous avons tellement de pouvoir en tant que consommateurs ! Regarder la provenance des meubles, lire les étiquettes des produits alimentaires afin de voir s’ils contiennent de l’huile de palme (certaines entreprises aujourd’hui font l’effort d’utiliser une autre huile !)… C’est déjà un minimum non négligeable.

Pour les sceptiques qui diraient « si on commence à regarder ça, on ne fait plus rien », je préfère citer les propos de deux élèves de CM2 rencontré lors de nos animations : « Je comprends qu’il faut regarder les étiquettes et éviter d’acheter des produits avec de l’huile de palme qui tue les singes. Mais pourquoi je me priverai de manger du chocolat pour ces animaux que je ne verrais jamais ? ». Et son copain : « C’est une question de choix. C’est à toi de choisir si tu préfères satisfaire ton estomac quelques minutes seulement, ou si tu préfères trouver quelque chose différent mais tout aussi bon et qui permettra à des êtres vivants de survivre ». Les enfants comprennent la nécessité de changer les choses. Aux adultes que nous sommes d’entendre ces mots…

 

Comment chacun de nous peut vous aider ?

Très simplement. En partageant tout d’abord nos informations. Cela ne coûte rien, si ce n’est un clic de souris. Nous avons pour nous faire connaître notre site internet, notre blog et également de nombreux réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Linkedin, et même une chaîne sur YouTube. Enfin nous avons une newsletter mensuelle : inscription gratuite !

 

Pour ceux qui ont envie de nous soutenir, il est possible de devenir membre de P-WAC, de faire un don et de devenir bénévole (contactez nous sur : info@p-wac.org).

 

Nous recherchons toujours des partenaires. Nous remercions d’ailleurs ceux qui depuis le début croient en nous : Médiatone, CRI PRIMATE, AJC, Sup de Com’, Horizon Web Marketing, Institut Vétérinaire Tropical, Université de Liège, notre partenaire local l’association La Prescience pour le Développement du Congo, et ceux à venir que nous dévoilerons bientôt… Nous aider à trouver de nouveaux partenaires est une très bonne chose également, car comme nous le disons souvent…P-WAC se fera grâce à vous !

 

Pour aller plus loin :

Infographie : comment éviter l'huile de palme dans mes cosmétiques ?

 

« Comment éviter l’huile de palme dans mes cosmétiques ? » : découvrez l’infographie complète sur le bloOg.

(Voir aussi notre interview de Laurence Duthu, présidente de l’association « L’huile de palme : NON ! »)

 

   

____________________________________________


À propos de l'auteur


Anne-Marie Gabelica
Ingénieure agronome diplômée en biochimie, Anne-Marie Gabelica a fait ses armes dans le secteur des cosmétiques durant 7 ans. Convaincue qu'une alternative au modèle actuel des cosmétiques (promesses marketing illusoires, manque de diversité dans les actifs, ingrédients inutiles et/ou dangereux, omniprésence des dérivés d'huile de palme) est possible, elle prend le chemin de l’entrepreneuriat militant. Anne Marie fonde alors oOlution pour réconcilier le bon pour soi et le bon pour tous.   Retrouvez chaque semaine les conseils d'Anne-Marie dans l'émission La Quotidienne sur France 5, disponible en replay juste ici ! Suivez son actualité sur sa page Facebook et sur Twitter @AMGabelica.

À propos d'oOlution

Avec plus de 65 actifs végétaux bio, les soins visage oOlution s'adaptent sur mesure aux besoins de chaque peau. Les formules 100% d'origine naturelle, garanties sans aucun ingrédient de remplissage (0% d'huiles hydrogénées ou estérifiées) sont aussi les premières à exclure tous les dérivés de l'huile de palme pour préserver la biodiversité.
Faîtes dès à présent votre diagnostic de peau et découvrez comment en prendre soin.

Besoin de conseil ou astuces ?
Papotez avec l'équipe d'oOlution sur Facebook, Twitter et Instagram.


____________________________________________

Newsletter

Vous avez apprécié cet article ?

Abonnez-vous à notre newsletter pour plus d'amour/de conseils/de bons plans dans votre inbox !


2 commentaires sur “Interview : Amandine Renaud, présidente de l’association P-WAC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *