Interview de Laurence Duthu par oOlution : une femme engagée contre l'huile de palme !

Entretien avec Laurence Duthu, une femme engagée contre l’huile de palme !

Par le 19 mai 2014

En cette journée française contre l’huile de palme, nous avons voulu partager avec vous le parcours inspirant de Laurence Duthu, une jeune grenobloise qui a crée l’association L’Huile de Palme : NON ! et lancé une pétition pour bannir tous les dérivés d’huile de palme de nos produits de consommation courante. Interview d’une femme engagée, positive et enthousiaste comme on les aime :)

 

Laurence, peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ? Pourquoi as-tu lancé cette pétition ?

J’habite depuis toujours Grenoble et suis passionnée depuis toute petite par la nature, les animaux, surtout les primates. Lorsque l’on s’intéresse aux primates et plus particulièrement aux grands singes (chimpanzés, bonobos, gorilles, orangs-outans… et l’Homme), on en vient un jour ou l’autre au problème des cultures industrielles de palmiers à huile pour produire la fameuse huile de palme. Je ne me souviens plus à quelle occasion j’ai découvert ce fléau mais dès que je l’ai su, cela a été une évidence de faire en sorte de ne plus consommer de produits contenant de l’huile de palme et ses dérivés. Chose ardue car elle se cache partout mais rien ne pouvait me faire dévier de cet engagement que j’ai fait aux orangs-outans (et par là même aux autres habitants de la forêt) : boycotter tous ces produits pour que leur forêt ne disparaisse pas et eux avec… C’était il y a plus de cinq ans. Plus je voyais l’ampleur des dégâts qu’engendre la culture industrielle des palmiers à huile, plus j’étais révoltée avec l’envie de faire plus que de boycotter les produits contenant cette huile et ses dérivés. Il y a tellement de mensonges, lobbies, corruption derrière l’huile de palme et cela même en France ! Chose que j’arrivais de moins en moins à cautionner en silence. De plus, suite à l’affaire de la « taxe Nutella », Ferrero n’a cessé de clamer haut et fort son intention de ne jamais abandonner l’utilisation de l’huile de palme dans ces produits et en particulier le Nutella. Attitude hautaine et de mépris envers les milliers de vies massacrées chaque année. Il n’en fallait pas plus pour que je crée cette pétition. Comme il n’existait toujours aucune structure en France pour combattre cette huile, cela est venu naturellement de créer ma propre structure. En janvier de cette année à donc vu le jour de la première association française pour lutter contre l’huile de palme industrielle : « L’Huile de Palme : NON ! »

 

Parmi les problèmes majeurs liés à l’huile de palme, desquels devons-nous nous soucier en priorité selon toi ?

Trois problèmes majeurs résultent de la culture industrielle des palmiers à huile : environnemental, social et sanitaire qui sont les piliers de toute civilisation. Sans ces fondements, l’Homme ne peut se développer dans une société saine, où la nature est préservée, le bien-être sanitaire assuré et les valeurs humaines respectées. Des millions d’hectares de forêts primaire et secondaire sont rasées chaque année pour faire place aux cultures industrielles de palmiers à huile d’où seront extrait l’huile de palme, l’huile de palmiste et leurs dérivés (additifs par exemple). De là en découlent des drames « animaliers » et humains. Des orangs-outans sont tués par centaines chaque année car considérés comme nuisibles lorsque ces derniers s’introduisent dans les palmeraies à la recherche de nourritures, leur forêt originelle ayant été rasée pour faire place à ces cultures… Les mères sont également massacrées pour récupérer leurs bébés qui ont une valeur monétaire élevée. Le futur qui leur sera offert sera composé de barreaux, de solitude, d’actes de maltraitance dans un zoo ou un parc de loisirs ou encore chez des particuliers (haut-fonctionnaires, paysans, expatriés). Les orangs-outans ne sont pas les seuls victimes de ce désastre : tigres et rhinocéros de Sumatra, éléphants, gibbons, nasiques, loris, ours malais et tant d’autres encore ! Les éléphants sont empoisonnés pour ne pas qu’ils détruisent les cultures, les gibbons trouvent le même sort que celui subit par les orangs-outans. Les rejets énormes de CO2 dans l’atmosphère sont aussi un des volets environnementaux posés par cette culture. Lorsque les forêts sont rasées, elles sont ensuite brûlées pour faciliter la pousse, la culture sur brûlis donnant toujours de meilleurs résultats. En se consumant, les sols rejettent des quantités énormes de CO2, a fortiori s’il s’agit de terrains tourbeux. L’Indonésie se classe ainsi 3 ème pays émetteur de C02 au monde. Au niveau social, les petits paysans sont en première ligne puisqu’ils sont expropriés de leurs terres par l’accaparement de ces dernières par les multinationales et autres gros propriétaires terriens. De la même manière, les conditions de vie et de travail dans les palmeraies sont aussi précaires que dangereuses : les travailleurs sont exposés quotidiennement aux pesticides comme le paraquat, puissant neuro-toxique fabriqué par la société Syngenta, membre de la RSPO (les défenseurs de l’huile de palme « durable »). Enfin au niveau sanitaire, l’huile de palme qui se trouve dans les produits manufacturés allant de l’alimentation aux cosmétiques en passant par les détergents et le bio diesel. L’huile de palme qui se trouve dans l’alimentation n’est pas celle que les petits paysans africains et indonésiens consomment. La « nôtre » a été raffinée, chauffée si bien que les qualités nutritionnelles qu’elle contient à l’origine (celle que les pro huile de palme répètent sans cesse) n’existent plus. Elle contient par contre beaucoup de graisse nocive pour l’organisme en particulier les artères. Sachant que cet oléagineux s’est immiscé dans beaucoup de produits, il est difficile de connaître la dose journalière absorbée. Il serait alors tentant de dire qu’il faut consommer ces produits avec modération. Soit, mais n’oublions pas les autres drames que la culture industrielle des palmiers à huile engendre…. Pour résumer, l’huile de palme industrielle n’a que des désavantages qui sont :

– Déforestation massive

– Extinction irréversible des espèces

– Gaz à effet de serre

– Cultures intensives (pesticides)

– Pollution

– Esclavagisme moderne

– Malbouffe (conditionnement alimentaire)

– Maladies cardio-vasculaire

– Mauvaise visibilité du consommateur (huile et graisses végétales)

– Publicité mensongère

 

Quelles alternatives/améliorations peut-on espérer pour les années à venir ?

Malheureusement pour le moment aucune ! Le problème numéro un réside dans la recherche éternelle et effrénée du profit. Tant qu’elle restera monoculture, durable (certifiée RSPO ou GreenPlam) ou non, il sera difficile qu’elle soit vertueuse. Qu’est-ce que la RSPO ? (Roundtable on Sustainable Palm Oil ou Table Ronde pour une Huile de Palme Durable) La RSPO est une institution très largement controversée par les associations écologiques par son manque de fermeté et de contrôle mais aussi par les acteurs qui la composent. Les grands noms de groupes agroalimentaires et pétrochimiques en font partie dont le but premier est de faire toujours plus de bénéfices. La santé de notre planète passe très largement au second plan ou même pour être plus précise, au dernier plan. Ne me dîtes pas que Monsanto, Cargill, Sinar Mas se soucient des animaux, des peuples vivant depuis toujours dans les forêts primaires ? Si elles font partie de cette institution, c’est à grand renfort d’actions de communication pour se redorer un blason très largement sali… actions que j’appellerais tout bonnement « greenwashing« . 
Ces plantations sont traitées avec des pesticides nocifs (paraquat comme cité précédemment qui je rappelle est un puissant pesticide neurotoxique fabriqué par Syngenta membre de la RSPO) pour l’environnement et qui termineront via l’huile de palme dans l’assiette du consommateur. Les produits proposés à la vente ne mentionnent que très rarement si l’huile contenue est certifiée durable ou non et à quelle hauteur. Même certifiée, il y a trois niveaux de certification et rien n’empêche un exploitant d’avoir des parcelles non certifiées au milieu de celles certifiées. Comment vérifier par la suite si toute l’huile proposée par cet exploitant est réellement 100% durable ? 
De plus, l’huile certifiée RSPO n’est pas un gage de totale confiance puisque l’année dernière par exemple la société Indofood, membre de la RSPO, a rasé un pan entier de forêt primaire pour faire place à la culture de palmiers à huile (source Centre for Orangutan Protection). Et ce n’est pas la première à procéder ainsi. En ce qui concerne l’huile de palme bio, elle est cultivée en Colombie et est « durable’ puisqu’elle est certifiée RSPO et bio par ses méthodes de culture certifiées aussi. Cependant derrière se cachent scandales, expropriations, accaparements des terres, déforestation et recours aux paramilitaires. L’essentiel de la production colombienne vient du groupe Daabon, qui se rapproche plus d’un empire mafieux que d’une simple entreprise lambda. Les membres de cette large famille ont les pieds en politique également ce qui facilite la main mise sur les terres… Pour le moment, rien n’indique clairement la présence d’huile de palme dans un produit. Le 13 décembre de cette année, suite à au règlement européen 1169/2011 du 25 octobre 2011, dont l’objet est notamment de renforcer les droits à l’information des consommateurs, l’étiquetage devra impérativement indiquer le type d’huile utilisée. Attention ! Cette loi ne concerne que le domaine alimentaire donc tout ce qui est cosmétiques, détergents et autres ne concernant pas l’alimentation, la précision restera en l’état actuel. Il en va de même pour les dérivés (additifs par exemple) où le texte ne laisse pas entendre que ces derniers doivent être dorénavant plus explicites. Actuellement et pour longtemps encore, la seule alternative est le non recours à l’huile de palme et ses dérivés par les industriels et le boycott par les consommateurs. Pour tout ce qui à trait à l’alimentation, une des solutions est de se tourner vers des produits frais, locaux et de saison. Peu de « chance » alors de trouver ce fameux oléagineux en consommant de façon saine et de qualité.

 

Merci beaucoup Laurence pour ton engagement. On peut suivre ton association L’Huile de Palme : NON ! sur :

 

le blog « L’huile de Palme : NON ! »

la page Facebook

le groupe de discussion Facebook

Twitter @HuileDePalmeNon

 

Pour aller plus loin :

 

Infographie : comment éviter l'huile de palme dans mes cosmétiques ?

 

« Comment éviter l’huile de palme dans mes cosmétiques ? » : découvrez l’infographie complète sur le bloOg.

 

   

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À propos de l'auteur


Anne-Marie Gabelica
Ingénieure agronome diplômée en biochimie, Anne-Marie Gabelica a fait ses armes dans le secteur des cosmétiques durant 6 ans. Convaincue qu'une alternative au modèle actuel des cosmétiques (promesses marketing illusoires, manque de diversité dans les actifs, ingrédients inutiles et/ou dangereux, omniprésence des dérivés d'huile de palme) est possible, elle prend le chemin de l’entrepreneuriat militant. Anne Marie fonde alors oOlution pour réconcilier le bon pour soi et le bon pour tous.   Retrouvez chaque semaine les conseils d'Anne-Marie dans l'émission La Quotidienne sur France 5, disponible en replay juste ici ! Suivez son actualité sur sa page Facebook et sur Twitter @AMGabelica.

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7 commentaires sur “Entretien avec Laurence Duthu, une femme engagée contre l’huile de palme !

    1. Heureux que cette cause vous touche Ange, merci de soutenir les organisations qui luttent contre ce fléau qu’est l’huile de palme :)

  1. Que dire 😉 Bravo , clair, net et précis ! On sait tout et maintenant il faut partager afin que tout le monde sache. .

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